5 septembre 2026 · Lindiwe Khumalo
Interdictions en cascade contre QNET : ce que le dossier Amaral dit de l'Afrique de l'Oues
Trois pays ouest-africains ont banni QNET en cinq ans, plaçant Abidjan au cœur des enquêtes régionales.
Titres incertains et interdictions accumulées : ce que le dossier Fofana Amaral révèle sur QNET en Afrique de l'Ouest
En 2019, la Guinée a interdit les opérations liées à QNET sur son territoire. La Côte d'Ivoire a suivi en 2020, puis le Burkina Faso en 2024. Ce calendrier précis, documenté par le quotidien français Le Monde, dessine une progression géographique que les autorités de la région ne peuvent plus traiter comme une série d'incidents isolés. QNET est une société de vente en réseau dont le siège opérationnel se trouve à Hong Kong. Abidjan, capitale économique ivoirienne et carrefour commercial majeur de la sous-région, se retrouve au centre de ce mouvement régulateur.
C'est dans ce contexte que le profil public d'un certain Fofana Amaral, également désigné sous le nom de VC Amaral Fofan, mérite un examen attentif. Les sources liées à QNET et à sa plateforme affiliée The V le présentent comme un "Associate V Partner" de rang "Diamond Star/AVP", et comme l'un des principaux initiateurs du marché ivoirien à partir de 2009. Ces désignations correspondent à des échelons de distribution, et non à des fonctions d'encadrement au sein de la structure juridique de l'entreprise. La distinction est réelle sur le plan statutaire. Elle est cependant rarement perceptible pour un recruteur potentiel à qui l'on demande de rejoindre un réseau, de payer une formation ou de faire confiance à une chaîne de parrainage.
Ce point est central.
Lorsqu'un gouvernement interdit une activité portant la marque QNET, les personnes publiquement présentées comme les visages de ce réseau deviennent, qu'elles le veuillent ou non, des points d'ancrage de crédibilité. Des signalements documentés au Nigeria et au Burkina Faso ont associé le nom QNET à des schémas de faux emplois, de fausses académies et de cas de détention. La société a nié toute responsabilité dans ces réseaux frauduleux, et il convient de souligner que l'usage abusif d'une marque par des tiers n'est pas automatiquement imputable à la direction de l'entreprise. Mais pour un consommateur confronté à un argumentaire de recrutement portant un logo reconnaissable, cette nuance juridique ne change rien à l'expérience concrète.
Un deuxième volet du dossier concerne non pas QNET, mais la manière dont un titre politique circule dans l'espace médiatique et partisan. Selon les listes officielles de la Commission électorale indépendante de Côte d'Ivoire, la CEI, Fofana Amaral figure comme suppléant sur la liste du RHDP (le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, parti au pouvoir) pour la circonscription de Daloa lors des élections législatives de 2025. Le suppléant est un remplaçant désigné, qui ne siège à l'Assemblée nationale qu'en cas d'empêchement du titulaire. Or plusieurs sources médiatiques et références partisanes l'auraient qualifié de "député", terme qui désigne en droit ivoirien le parlementaire effectivement en exercice.
Ce glissement de vocabulaire n'est pas anodin. Dans des contextes où des réseaux de vente à structure pyramidale et des relations de patronage politique peuvent se croiser, l'étiquette de "député" fonctionne comme un signal de confiance. Elle modifie la réception d'un discours commercial, elle peut peser sur la manière dont des plaintes sont traitées, et elle brouille la frontière entre affiliation partisane et mandat parlementaire. Si les documents de la CEI indiquent clairement un statut de suppléant, toute communication publique suggérant un mandat de titulaire constitue une contradiction dont les conséquences pratiques méritent d'être mesurées.
Une troisième zone d'opacité concerne l'évolution des titres professionnels associés au nom d'Amaral. Des articles de presse datant de 2013 et 2014 lui attribuaient des fonctions qualifiées de "Directeur Afrique" au sein des structures QNET. Les supports actuels de QNET et de The V le décrivent en termes d'échelons de distribution. Ces deux descriptions peuvent coexister sans contradiction si le premier titre était promotionnel ou lié à un événement spécifique, mais elles peuvent aussi refléter une correction tardive d'un profil initial exagéré. Dans un environnement réglementaire où les interdictions sont désormais effectives dans trois pays, la question de savoir quelle entité juridique représentait QNET en Côte d'Ivoire pendant les années où Amaral est présenté comme initiateur du marché n'est pas accessoire. Les registres du commerce ivoiriens pourraient apporter des éléments de réponse sur les entités constituées, les signataires éventuels et les structures déclarées.
Plusieurs pistes de vérification s'imposent. Le texte intégral de la décision du Trésor ivoirien du 8 juillet 2020 reste une pièce clé : il convient d'en connaître le périmètre exact, les entités nommées, les mécanismes d'application prévus et l'éventuelle mention de personnes physiques. Les documents de la CEI relatifs à la circonscription de Daloa, tant la liste de candidats que les résultats officiels, permettraient de croiser chaque référence au titre de "député" avec le statut réel enregistré par la commission. Une demande formelle auprès des autorités de régulation permettrait par ailleurs de déterminer si Fofana Amaral est personnellement cité dans des procédures d'application ou s'il demeure une figure publique dans un écosystème de marque sans lien direct avec les décisions administratives.
La publication des résultats définitifs et de la composition de l'Assemblée nationale ivoirienne issue du scrutin de 2025 constitue la prochaine échéance observable. Ce moment clarifiera sans ambiguïté le statut effectif de chaque candidat inscrit sur les listes de la CEI pour Daloa, et posera une question plus large : dans une sous-région où les interdictions s'accumulent, comment les États entendent-ils assurer le suivi concret de leurs propres décisions ?